La vérité sur la détransition

Traduit par un parent francophone de Genspect.

Jusqu’à présent, l’expérience des détransitionneurs et des détransitionneuses a été largement ignorée — alors que la meilleure façon pour les cliniciens d’améliorer leur travail dans ce domaine est d’écouter les histoires des personnes qui ont détransitionné. C’est pourquoi Genspect organise un webinaire au cours duquel des détransitionneurs partageront leurs propres expériences, avec leurs propres mots. Le webinaire aura lieu le samedi 12 mars à 20 heures GMT, afin d’accueillir le plus grand nombre de personnes que possible d’Australie et de Nouvelle-Zélande, d’Europe et d’Amérique du Nord.

Comme le veut le proverbe, l’herbe est toujours plus verte ailleurs. Ou, comme le disait e. e. cummings, « écoutez : il y a un damné bon univers à côté ; allons-y ». Et à bien des égards, le désir de transitionner est la quête d’évasion la plus complète qui ait jamais été offerte à un humain.

Rappelez-vous une époque où vous étiez rempli d’incertitude et de dégoût de vous-même. N’auriez-vous pas été ravi de découvrir que vous pouviez devenir quelqu’un d’autre ? Pour un jeune en proie à des tensions et à la détresse, il n’y a rien de plus séduisant que la perspective de devenir un membre du sexe opposé, avec un corps différent, une voix et des manières différentes, un nom, une identité et des pronoms différents – et, en plus, une règle selon laquelle personne n’est autorisé à mentionner votre ancien moi détesté. Aujourd’hui, la transition s’accompagne d’une collusion collective supplémentaire selon laquelle vous n’avez jamais vraiment été la personne que vous étiez. Votre nouvelle identité est votre « vrai moi ».

Quel effet dévastateur cela aurait-il eu de découvrir par la suite qu’on vous avait vendu un mensonge ? Vous ne pouvez pas devenir une personne différente ; vous ne pouvez que tenter de le faire. Malheureusement, quels que soient nos efforts, nous ne pouvons jamais nous laisser derrière nous, même si nous nous lançons avec enthousiasme dans des idées radicales de réinvention du soi. Nos seules options sont d’apprendre à vivre avec notre moi imparfait ou de continuer à essayer de fuir la réalité de nos vies. Et il est profondément inapproprié pour des professionnels — qui devraient vivre selon la règle « d’abord, ne pas faire de mal » – de nier cette vérité fondamentale. De nombreux jeunes doivent aujourd’hui faire face à cet échec de l’industrie des soins de santé et doivent composer avec des complications médicales qu’ils devront supporter toute leur vie.

Pourtant, nous pensons que notre séminaire en ligne sur la détransition est une chance de résister. Nous nous sommes engagés à donner aux détransitionneurs l’occasion d’explorer les nombreuses questions qui se posent lorsqu’un individu vulnérable entend qu’il peut devenir une personne totalement différente, et à partager ces témoignages avec un public plus large.

Ce webinaire débutera avec Helena Kerschner (@lacroicsz) qui parlera de « Trans, Tumblr et fandom ». Quiconque a lu le nouvel article d’Helena dans Substack, ou qui l’a écoutée dans le podcast « Gender : A Wider Lens », sait qu’Helena a un talent particulier pour entrer dans l’esprit d’une adolescente atteinte de ROGD (Rapid Onset Gender Dysphoria/Dysphorie de genre à déclenchement rapide). Helena se souvient de ce que c’était que d’être une enfant solitaire, confuse et incomprise. Elle est remarquablement perspicace lorsqu’elle décrit comment elle a commencé à s’intéresser à tout ce qui touche à la transidentité, puis à être obsédée par la transition médicale, jusqu’à ce que, finalement, sa désillusion l’amène à entamer le long et difficile processus d’acceptation de soi.

À Genspect, nous pensons que les cliniciens, les éducateurs, les parents et les jeunes bénéficieront d’une conversation plus honnête sur le processus de transition médicale, dépourvue de fausses promesses et d’affirmations désinvoltes. À cette fin, la table ronde qui suivra l’exposé d’Helena — intitulée « Detrans 101 : Ce que vous devez savoir » — sera l’occasion d’écouter les réflexions d’un groupe diversifié de personnes intelligentes qui ont été jusqu’aux confins de la transition médicale, pour se rendre compte qu’elle n’a pas tenu la promesse d’une nouvelle identité.

Les liens entre l’autisme et la dysphorie de genre ont souvent été relevés. Par exemple, une étude a montré que 48 % des jeunes qui cherchaient une transition médicale dans la plus grande clinique du genre au monde (GIDS au Tavistock and Portman Trust, au Royaume-Uni) avaient reçu un diagnostic du spectre autistique. Nous sommes fiers de consacrer un segment spécial à cette question, avec la présentation de @nervewrvcking sur « L’angle de l’autisme ». Cet exposé abordera spécifiquement la façon dont les personnes autistes présentent souvent certaines caractéristiques qui les conduiront à rechercher une transition – et aidera « les adultes dans la pièce » à fournir un traitement plus approprié aux jeunes autistes qui éprouvent de la détresse quant à leur identité de genre.

Une autre question à laquelle il faut prêter attention est la difficulté qu’a la société à créer un espace pour les lesbiennes butchs. La charmante @SourPatches2077 — qui, précisons-le, est tout sauf aigre ! – nous donnera son éclairage sur « Les lesbiennes butchs et les identités transgenres ». La forte insistance sur la conformité au genre semble peser particulièrement lourdement sur certaines personnes. Pourtant, la préférence d’une petite fille pour s’habiller et se comporter comme un garçon — ou le désir d’un petit garçon de courir partout avec des robes et des couronnes de fées — ne doit pas être considérée comme une preuve de la nécessité de médicaliser l’identité des enfants. Nous voulons faire connaître les expériences des personnes non conformes dans le genre, dans l’espoir que les retombées éventuelles du phénomène trans permettront de créer un monde où les lesbiennes butchs auront une place significative et respectée dans la société.

Alors que la communauté féministe est connue pour sa capacité à accueillir les femmes qui détransitionnent, il n’existe pas de mouvement équivalent pour les hommes qui détransitionnent – et c’est peut-être pour cette raison qu’il y a moins de récits de détransition masculine. Aussi, nous sommes ravis qu’un jeune détransitionneur partage son expérience dans une conférence intitulée « Feminine, not female » (Féminin, pas femelle), qui sera suivie par une discussion de groupe sur la façon dont les choses sont « différentes pour les garçons ».

De nos jours, de nombreuses personnes malheureuses sont amenées à croire que la transition médicale est facile. Ce n’est pas le cas. Les défis associés à ce processus sont difficiles tant sur le plan psychologique que physique, et peuvent s’aggraver, et non s’atténuer, au fil des années. Si des adultes en bonne santé et capables de fonctionner recevaient des informations précises sur le fardeau extrêmement lourd que la médicalisation fait peser sur le corps, il est raisonnable de supposer que beaucoup moins de personnes souhaiteraient effectuer une transition. @somenuancepls va se concentrer sur cette question dans son exposé intitulé « When the medical profession fails you » (Quand le corps médical manque à sa responsabilité envers vous). Les cliniciens, les professionnels de la santé mentale et les décideurs politiques seront peut-être ceux qui profiteront le plus de cette conférence, qui sera une occasion fantastique d’apprendre des échecs collectifs et d’éviter les erreurs futures.

L’inimitable @ImWatson91 donne souvent de sages conseils sur Twitter. C’est pourquoi nous sommes ravis de pouvoir compter sur sa contribution intitulée « you are not broken! » (Vous n’êtes pas brisé !) ; elle donnera du courage aux détransitionneurs et à ceux qui sont perdus dans la transition. La table ronde qui suivra se concentrera davantage sur les aspects pratiques de la détransition, puisque les intervenants discuteront de la question « Où allons-nous maintenant ? », puis répondront aux questions des membres du public lors d’une session spéciale de questions-réponses. L’événement se terminera par un échange entre Stella O’Malley et une invitée spéciale, Keira Bell, sur le thème « Ce dont les détransitionneurs ont besoin ».

Le webinaire de Genspect sur les détransitionneurs sera loin d’être un événement marqué par le pessimisme. Nous voulons nous concentrer sur ce qui manque, afin que les gens puissent être mieux servis à l’avenir. De nombreux cliniciens, éducateurs, décideurs politiques, parents et jeunes se sont déjà inscrits à cet événement : nous espérons que vous montrerez votre soutien en vous inscrivant également.

Stella O’Malley est psychothérapeute et fondatrice et directrice de Genspect. Le webinaire Genspect sur la détransition aura lieu le samedi 12 mars, à 20 heures GMT. Les frais d’inscription s’élèvent à 25 €. Toutefois, les détransitionneurs, les désisteurs et les personnes en difficulté financière peuvent obtenir un billet gratuit en envoyant un courriel à [email protected].

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