La compréhension de la dysphorie de genre d’une thérapeute

Traduit par un parent francophone de Genspect.

Le prochain webinaire de Genspect sur la détransition portera sur la manière dont la société doit s’attaquer à certaines questions si nous voulons offrir un traitement adéquat aux personnes qui souhaitent une transition médicale.

Ce webinaire aura lieu le samedi 12 mars à 20 heures GMT, afin d’accueillir la majorité des personnes d’Australie, de Nouvelle-Zélande, d’Europe et d’Amérique du Nord. Il explorera des questions importantes, notamment (mais pas exclusivement) l’impact des médias sociaux sur les personnes vulnérables, les difficultés rencontrées par les personnes atteintes de TSA dans le cadre des politiques relatives au genre, les défis auxquels sont confrontées les lesbiennes butchs et l’expérience de la détransition masculine.

Pour les personnes vulnérables qui se sentent seules, perdues, déconnectées d’elles-mêmes et remplies de dégoût, le concept d’identité de genre peut être extrêmement séduisant. Il ouvre la porte à des idées nouvelles et séduisantes : vous pourriez en fait être une autre personne ; il pourrait y avoir en vous un sentiment d’identité de genre infalsifiable et intouchable qui a créé cette déconnexion par rapport à votre corps et à vous-même ; avec un changement d’identité, tout se mettra en place. Tout cela sans parler d’une barre de défilement apparemment infinie de vidéos YouTube de transgenres charmants et bavards, qui assurent à leurs spectateurs solitaires que la transition est la meilleure chose qu’ils puissent faire, qu’ils trouveront leur « vrai moi » grâce à la transition et que tout deviendra plus facile à partir de ce moment-là.

Je ne suis pas quelqu’un de religieux ; j’ai une compréhension psychologique de la nature humaine. C’est pourquoi lorsque j’ai entendu parler pour la première fois du concept de « vrai trans » — la croyance selon laquelle certaines personnes ont en elles des « âmes transgenres », que ces personnes sont donc « transgenres » et que ces âmes transgenres représentent leur « vrai moi » — j’ai failli perdre la tête. Vivant comme nous le faisons dans une ère post-religieuse, il est remarquable que ce concept de « vrai trans » semble être enraciné dans la croyance chrétienne en l’âme, où l’on suppose que chacun de nous a un « vrai moi » enfoui quelque part au fond de lui. Ce « vrai moi » n’a pas d’incarnation physique ; il s’agit plutôt d’un sentiment infalsifiable et mystérieux. Certaines personnes disent qu’elles l’ont, d’autres non.

J’ai été élevé dans une maison catholique irlandaise et j’ai donc l’habitude de côtoyer des personnes qui parlent de leur âme comme s’il s’agissait d’un fait indiscutable. Mais, comme pour le catholicisme, je suis apostat du genre. Ayant fait l’expérience d’une intense dissociation de mon propre sexe dans mon enfance, je sais par expérience qu’une personne peut se sentir complètement à l’aise en vivant comme le sexe opposé. Une personne peut croire qu’elle sait, au plus profond d’elle-même, que, même si elle est née fille, elle aurait dû être un garçon. Et pourtant, aucun d’entre nous n’est plus grand que la nature. Nous sommes coincés avec le corps dans lequel nous sommes nés ; nous sommes coincés avec les circonstances de notre naissance. Certains d’entre nous peuvent être amenés à accepter les circonstances de leur naissance — un processus potentiellement douloureux — et peuvent avoir besoin d’aide pour surmonter les problèmes que cela implique. Cela dit, il peut aussi s’agir du processus le plus gratifiant dans lequel une personne s’engage.

Tout comme Lisa Simpson, je suis partisane de l’école de pensée du rasoir d’Occam : lorsque nous essayons de donner un sens à un certain phénomène, nous devrions supprimer les ajouts fleuris, car l’explication la plus simple a toutes les chances d’être la bonne. Et en tant que psychothérapeute, il me semble très clair que la détresse liée au genre provient d’une dissociation de soi : l’esprit en détresse cherche à quitter le corps et à devenir une autre personne. Cette compréhension développementale de la dysphorie de genre s’aligne sur ma compréhension de nombreux problèmes de santé mentale différents.

Je comprends l’alcoolisme comme un moyen de fuir le monde réel et de se réfugier dans une existence plus floue et plus facile, tout comme la toxicomanie. Je comprends l’anorexie et les TOC d’une manière différente, mais similaire : alors que l’esprit déconnecté cherche à s’échapper, les personnes atteintes de TOC ou d’anorexie peuvent chercher à atteindre cette évasion mentale par un faux sentiment de contrôle. La raison pour laquelle certaines personnes gravitent vers un trouble de l’alimentation alors que d’autres s’orientent vers l’alcoolisme est sans doute le résultat de notre contexte culturel ; les recherches suggèrent qu’il pourrait également y avoir une composante héréditaire. Cependant, comme beaucoup de thérapeutes, je suis rarement déconcertée par une susceptibilité héréditaire pour une condition donnée. La façon dont nous nourrissons notre nature semble souvent bien plus importante que notre point de départ biologique.

La vraie question n’est pas de savoir si nous pouvons changer nos identités externes. Nous le pouvons. Il s’agit de savoir si nous devrions le faire. Il y a une autre grande question que trop peu d’entre nous se posent : lorsque quelqu’un choisit de changer d’identité extérieure, comment le reste de la société doit-il gérer cela ? Patrick, un détransitionneur allemand, a exprimé sa déception de manière éloquente sur YouTube lorsqu’il a décrit sa déchirante prise de conscience, après une transition médicale, qu’il ne pourrait jamais tout à fait devenir une femme. Il ne pouvait pas changer son corps interne ; il ne pouvait qu’être un « bricolage ».

À mon avis, c’est l’information qui change la donne et que le public doit connaître. S’il existait des campagnes de sensibilisation du public expliquant que la transition médicale, bien qu’incroyablement séduisante, ne peut jamais tenir la promesse d’une véritable évasion de soi, je pense que moins de personnes auraient recours à ces interventions. Avant le Zeitgeist actuel — dans lequel nous sommes tous censés être d’accord sur le fait que nous avons des âmes sexuées et que nous pourrions avoir immédiatement besoin d’une intervention médicale lourde si nous voulons devenir notre « vrai moi » —, les médecins exigeaient que deux psychiatres se prononcent sur la recevabilité de la demande de transition médicale d’un individu. À l’heure de Dr Google, nombreux sont ceux qui trouvent cette approche d’un paternaliste inopportun et estiment que toute personne souhaitant effectuer une transition devrait pouvoir le faire. Les extrémistes du genre, comme la Dre Diane Ehrensaft, croient que les enfants dès l’âge de deux ans devraient être soutenus s’ils déclarent avoir une identité de genre différente de leur sexe, et ils ignorent le fait que les adultes, et c’est compréhensible, ne prennent pas au sérieux tout ce que disent les enfants de deux ans.

D’un point de vue psychologique, il serait bien plus bénéfique que des informations factuelles sur l’identité de genre, la dysphorie de genre et l’impact de la transition médicale sur le corps soient facilement accessibles. Cela est d’autant plus important que cela nous aiderait à réduire le nombre de personnes qui transitionnent et qui finissent par détransitionner. Certaines personnes affirment que la transition médicale devrait être interdite. Pourtant, l’histoire nous a montré à maintes reprises que la prohibition ne fonctionne pas et qu’elle ne fait que créer un système criminel clandestin. C’est pourquoi nous devons construire une base de connaissances au lieu de chercher à mettre en place des interdictions : nous devons travailler dur pour empêcher le bâillonnement d’un débat mature et civil. Toutes les informations doivent être accessibles aux adultes afin que la majorité des gens puissent prendre les décisions les plus éclairées. C’est ainsi que fonctionne une société progressiste.

La décision de Genspect d’organiser un webinaire sur la détransition découle de cette conviction : en écoutant les histoires des détransitionneurs, nous pourrons peut-être éviter de futures erreurs. Les détransitionneurs ont été maltraités par la société, et nous leur devons d’être présents, de leur prêter l’oreille, et de nous assurer que d’autres personnes entendent également parler de ces questions. Trop peu de gens semblent être conscients du fait que la transition médicale représente un lourd fardeau médical pour le corps et qu’elle est rarement à la hauteur de l’image des plateaux ensoleillés promis où l’on peut apparemment devenir un membre du sexe opposé. L’amère réalité est que nous ne pourrons jamais devenir une autre personne. Nous pouvons essayer, mais en vérité, comme l’a souligné Jon Kabat-Zinn, le gourou de la pleine conscience, « où que vous alliez, vous êtes là ».

Stella O’Malley est psychothérapeute et fondatrice et directrice de Genspect. Le webinaire Genspect sur la détransition aura lieu le samedi 12 mars, à 20 heures GMT. Les frais d’inscription s’élèvent à 25 €. Toutefois, les détransitionneurs, les désisteurs et les personnes en difficulté financière peuvent obtenir un billet gratuit en envoyant un courriel à [email protected].

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